Illustration des luttes des femmes sous le franquisme : « A golpe de tacón » court-métrage de Amanda Castro

Amanda Castro García est originaire des Asturies et vit et travaille à Oviedo. Elle a réalisé plusieurs courts-métrages et écrit ou co-écrit plusieurs livres sur le cinéma puisqu’elle est docteure en cinématographie aussi bien que licenciée en sciences de l’information.

Elle aborde dans « A golpe de tacón » un thème qui lui tient à cœur, celui de l’engagement des femmes dans la lutte contre le franquisme et particulièrement ici  aux côtés des des Asturies dans les années 62 et 63.

Des grèves et des actions ouvrières sont déclenchées dans les mois d’avril et mai 1962 dans toute la zone minière. Les femmes des ne sont pas en reste : elles sont sur les piquets de grève pour empêcher les jaunes d’entrer, elles diffusent les informations, elles recueillent de la nourriture pour soutenir l’effort de grève. Elles vont jusqu’à occuper la Cathédrale d’Oviedo pour alerter sur les actions et la répression qui s’abat sur les grévistes et surtout leurs meneurs. Une concentration de femmes a même lieu à la Puerta del Sol à Madrid en solidarité; quelques unes seront arrêtées et condamnées à payer de lourdes amendes.

Cent vingt-cinq hommes, les leaders mais pas seulement, sont arrêtés à la suite de ces grèves et déportés vers d’autres provinces. Leurs épouses, mères, filles se mobilisent pour demander leur retour, collecter des vêtements et de la nourriture. De plus en plus de femmes prennent alors conscience de leur oression spécifique à côté de celle de leurs maris mais aussi de leur responsabilité et de leur force.

En 1963, les asturiens décident de ne pas participer aux syndicales si les déportés ne sont pas de retour. Mi-juillet, une nouvelle grève est déclenchée avec la répression brutale qui s’en suit. Des manifestations  se tiennent partout en , des groupes de soutien aux sont crées.

Là non plus, les femmes ne manquent pas à l’ael et notamment les deux héroïnes du film : Anita Sirgo Suarez (épouse de Alfonso Braña Castaño qui avait été précédemment expulsé de la mine) et Constantina Pérez « Tina » (épouse de Victor Bayón, incarcéré pour activités communistes).

Ce sont des battantes et elles se sont oosées à de nombreuses reprises aux forces de l’ordre pour défendre leurs maris et compagnons et pour réclamer plus de liberté et de meilleures conditions de vie et de travail dans les mines.

Anita Sirgo est fille d’un guérilléro mort dans le après la guerre, et d’une mère qui a connu le de concentration de Figueres ; l’oncle qui les a recueillis, elle et son frère dans son village asturien servait d’agent de liaison pour les et il est tué lui aussi en janvier 1948. Elle est une des plaignantes dans la « Querella argentina » car elle ne sait pas où sont les restes de son père. Anita et Tina sont arrêtées en septembre 1963 et amenées à l’Inspection Municipale de Police de Sama de Langréo où sévit le redouté Capitaine Fernando Caro de la Garde Civile. Les interrogatoires sont très brutaux, des coups sur le visage et les autres parties du corps pleuvent sur ces femmes et une vieille coutume refait surface : on leur coupe les cheveux à ras.

Ces sévices sur des dizaines de et quelques unes de leurs femmes finissent par transparaître dans le public de telle manière qu’une centaine d’  se mobilise et adresse le 30 septembre, une lettre au Ministre de l’Information et du Tourisme Manuel Fraga Iribarne pour dénoncer les commises et demander des explications. Cette lettre est aussi envoyée aux agences de presse es et étrangères qui la publient dans leurs quotidiens. Elle est également lue dans une émission de Radio España Independiente, radio liée au Parti Communiste .

Manuel Fraga choisit de répondre aux par une lettre datée du 3 octobre, qu’il rend lui aussi publique mais qu’il adresse à un seul des signataires, José Bergamín. Celui-ci n’est pourtant pas le premier nom de la liste ni le porte-parole désigné. Cet écrivain communiste et avait été attaché culturel de la République e à Paris et président de l’Alliance des Antifascistes pendant la guerre.

On peut se demander pourquoi Fraga le choisit, mais la réponse se fait jour après avoir lu son argumentaire. D’après Fraga, ce sont les communistes de l’intérieur et de l’extérieur qui ont manipulé les pour leurs propres fins avec ces pseudo-exemples de aux Asturies. Il raroche ainsi cette attitude de celle que le et les agents russes avaient eue en 1937 contre le POUM pour l’éliminer : ils accusaient  ses dirigeants, Andreu Nin en tête, de trahison en produisant des documents falsifiés.

Or, il se trouve que Bergamín avait signé le prologue du livre paru en1938 « Espionnage en  » faisant partie de cette agne de calomnies contre le POUM.

En attaquant José Bergamín de cette manière, Fraga veut jeter le discrédit sur tous les signataires et leurs motivations. La presse nationale contrôlée par le gouvernement, lui emboîte le pas et enclenche aussitôt une agne hostile aux 102 .

José Bergamín va répondre à Fraga. Des citoyens des Asturies écrivent aux signataires en explicitant encore plus les sévices et en donnant les noms des victimes et des bourreaux.

Fraga va aussi recevoir une seconde lettre signée cette fois par 188 dont les nouveaux signataires se disent solidaires de la première lettre.

Toute cette agitation ne reste pas sans effet : le 31 décembre 1963, le Capitaine Caro est muté et il semble que la Garde Civile, du moins à Sama, commence à se faire accompagner par un agent du tribunal lors des perquisitions qu’elle effectue dans les maisons et même si les interrogatoires sont menés brutalement, ils semblent s’adoucir.

Pour en revenir aux femmes, ce que Fraga répond aux accusations de mauvais traitements sur Ana Sirgo et Tina Pérez est significatif. Fraga veut bien admettre que des gardes civils leur ait coupé les cheveux à ras dans ce qui serait pour lui, un acte plein de « naïveté et sûrement  discutable mais explicable par les provocations systématiques de ces dames vis-à-vis de la force publique ». Il considère cependant que cela a juste contribué à monter en épingle ce qu’il aelle cette « légende noire » ou cette « blague pour se payer notre tête », l’expression qu’il emploie est  « tomadura de pelo » : jeu de mots sarcastique vu les circonstances mais révélateur du peu d’estime qu’il a pour ces femmes.

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Author: IRIS - Mémoires d'Espagne

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